Contester ses charges locatives en 2026 : mode d'emploi
Un courrier arrive en fin d’été, avec quelques lignes de chiffres et un solde à payer de plusieurs centaines d’euros. La régularisation annuelle des charges locatives est l’un des moments où le locataire découvre, souvent sans explication, que ses provisions mensuelles ne couvraient pas les dépenses réelles de l’immeuble. Le réflexe le plus répandu consiste à payer sans discuter, faute de savoir quoi vérifier. C’est dommage, car la loi encadre précisément ce que le bailleur peut refacturer, la façon dont il doit le justifier et les délais dans lesquels chacun peut réclamer. Une contestation ne demande ni avocat ni procédure : elle repose sur un décompte, des justificatifs et un courrier bien construit. Ce guide détaille les règles applicables en 2026, les erreurs les plus courantes sur un décompte et la marche à suivre pour obtenir une correction. À jour au août 2026.
Ce que le bailleur a le droit de vous refacturer
Seules les dépenses inscrites dans une liste réglementaire limitative peuvent être mises à votre charge, quel que soit le contenu de votre bail. Cette liste figure dans le décret n° 87-713 du 26 août 1987 fixant la liste des charges récupérables, toujours en vigueur. Une clause de bail qui prévoirait la récupération d’une dépense absente de ce texte est sans effet.
La fiche officielle de Service-Public sur les charges à payer par le locataire organise ces dépenses en trois familles. La première regroupe les équipements et espaces collectifs de l’immeuble : ascenseur, eau froide et chaude, chauffage collectif, entretien des parties communes intérieures, espaces verts et voies de circulation. La deuxième concerne les services attachés à l’usage du logement, comme l’électricité des parties communes, les produits d’entretien, les contrats de maintenance et une fraction encadrée de la rémunération du gardien ou de l’employé d’immeuble. La troisième couvre certaines taxes, principalement la taxe d’enlèvement des ordures ménagères, parfois la taxe de balayage.
À l’inverse, restent définitivement à la charge du propriétaire les honoraires de gestion du syndic, l’assurance de l’immeuble, le ravalement, la réfection de la toiture, le remplacement d’un équipement usé, les travaux d’amélioration et les frais de procédure engagés par la copropriété. La confusion la plus fréquente porte sur le gardien : sa rémunération n’est récupérable qu’à hauteur de 75 % s’il assure à la fois l’entretien des parties communes et la sortie des poubelles, et de 40 % s’il n’assure qu’une seule de ces deux missions. Une refacturation à 100 % est donc systématiquement irrégulière.
Cette distinction entre dépense récupérable et dépense du bailleur est le premier filtre à appliquer à votre décompte. Elle règle à elle seule une bonne partie des litiges, avant même de discuter des montants. Pour situer l’ensemble des devoirs du propriétaire, notre guide sur les obligations du propriétaire bailleur et les droits du locataire replace les charges dans le cadre plus large du bail.
Provisions ou forfait : votre bail change tout
Le mode de paiement inscrit au bail détermine si une régularisation est possible, et donc contestable. En location vide, la règle est celle des provisions mensuelles, régularisées au moins une fois par an au regard des dépenses réelles. C’est ce mécanisme qui produit le solde de fin d’année, débiteur ou créditeur.
En location meublée avec bail d’habitation classique, le bailleur choisit entre deux options : des provisions avec régularisation annuelle, comme en location vide, ou un forfait de charges inscrit au contrat. Le forfait est versé en même temps que le loyer, il ne donne lieu à aucune régularisation, ni au bénéfice du locataire ni à celui du bailleur. Son montant ne doit toutefois pas être manifestement disproportionné par rapport aux charges réellement supportées. Dans un bail mobilité, seul le forfait est admis.
La conséquence pratique est nette. Si votre bail meublé prévoit un forfait et que le propriétaire vous réclame un complément en fin d’année, cette demande n’a aucun fondement : vous pouvez la refuser en vous appuyant sur la clause de votre propre contrat. Relisez donc votre bail avant toute autre vérification, car cette lecture de trente secondes tranche parfois le litige.
Un point mérite attention lors d’un changement de logement en cours d’exercice. La régularisation se calcule au prorata de votre période d’occupation, et non sur l’année pleine. Un décompte qui vous impute douze mois de chauffage alors que vous avez quitté les lieux en avril est manifestement erroné. Notre guide pour quitter son logement en tant que locataire détaille les vérifications utiles au moment du départ.
Le décompte annuel : ce que vous êtes en droit d’exiger
Le bailleur ne peut pas se contenter d’annoncer un solde : il doit vous transmettre un décompte détaillé un mois au moins avant la régularisation. Ce document indique les charges par nature de dépense et le mode de répartition retenu entre les logements. Lorsque l’immeuble comporte un chauffage ou une production d’eau chaude collective, une note d’information sur les modalités de calcul doit également être jointe.
Ce décompte n’est pas une formalité. Il vous permet de comparer poste par poste avec l’exercice précédent, d’identifier une ligne qui explose sans raison apparente et de vérifier la cohérence de la clé de répartition appliquée à votre logement. Un simple total, sans ventilation, ne satisfait pas à l’obligation légale et justifie à lui seul une demande écrite de complément.
Vient ensuite le droit de consultation. Pendant les six mois qui suivent l’envoi du décompte, le propriétaire doit tenir à votre disposition l’ensemble des documents justificatifs : factures d’eau et d’énergie, contrats d’entretien de la chaudière ou de l’ascenseur, bulletins liés au personnel d’immeuble, procès-verbaux d’assemblée générale. La consultation se fait en principe sur place, chez le bailleur ou chez son gestionnaire, et vous pouvez demander des copies, dont le coût reste à votre charge.
Ces six mois constituent une fenêtre à ne pas laisser passer. Demandez la consultation par écrit dès réception du décompte, sans attendre d’avoir formé une opinion sur le fond. La charge de la preuve pèse sur le bailleur : c’est à lui de démontrer que chaque somme réclamée correspond à une dépense réelle, récupérable et correctement répartie. Un refus de communiquer les justificatifs affaiblit considérablement sa position en cas de litige.
Les trois délais qui décident de l’issue du litige
Trois compteurs structurent un dossier de charges, et les connaître évite autant de payer une somme prescrite que de laisser filer un remboursement.
Le premier est la prescription de trois ans. Elle vaut dans les deux sens : le bailleur dispose de trois ans pour réclamer un arriéré de charges, et vous disposez du même délai pour demander le remboursement d’un trop-versé. Une régularisation qui prétend rattraper cinq exercices est donc partiellement irrecevable, la fraction la plus ancienne n’étant plus exigible. Ce délai fait de la contestation un exercice rétrospectif utile : si vous découvrez une erreur de clé de répartition, elle peut être reprise sur les trois derniers exercices.
Le deuxième est le droit à l’échelonnement. Lorsque la régularisation n’a pas été effectuée avant la fin de l’année civile suivant celle de son exigibilité, vous pouvez exiger un paiement étalé sur douze mois. Il ne s’agit pas d’un geste commercial à négocier mais d’un droit, qu’il suffit de demander par écrit. Cette règle protège contre l’effet de choc d’un rattrapage massif après plusieurs années de silence du bailleur.
Le troisième est la fenêtre de six mois pour consulter les justificatifs après l’envoi du décompte. Passé ce délai, le bailleur n’est plus tenu de garder les pièces à votre disposition, ce qui rend la vérification nettement plus difficile. Agir vite ne signifie pas payer vite : cela signifie demander les preuves tant qu’elles doivent vous être présentées.
Pour dater vos démarches de façon incontestable, la lettre recommandée avec accusé de réception reste l’outil de référence. Notre article sur la valeur juridique de la lettre recommandée avec accusé de réception explique ce qu’elle prouve exactement, et ce qu’elle ne prouve pas.
Les erreurs les plus fréquentes sur un décompte de charges
La majorité des régularisations contestables relèvent de quelques anomalies récurrentes, faciles à repérer une fois qu’on sait où regarder.
L’imputation de dépenses non récupérables arrive en tête. Honoraires de syndic, prime d’assurance de l’immeuble, ravalement, remplacement d’une chaudière ou d’un ascenseur vétuste : ces postes figurent parfois dans le décompte transmis au locataire parce que le bailleur a recopié son relevé de charges de copropriété sans opérer le tri. Or ce relevé mélange les charges du copropriétaire et celles qui sont récupérables sur l’occupant, et le tri lui incombe.
La clé de répartition erronée vient ensuite. Les charges se répartissent selon les tantièmes, la surface ou l’usage réel selon les postes. Une erreur de tantièmes, l’imputation d’un poste ascenseur à un logement en rez-de-chaussée dans un immeuble où le règlement l’exclut, ou une répartition du chauffage ignorant les compteurs individuels produisent des écarts significatifs et durables.
Le troisième cas classique tient aux consommations estimées. Comme pour l’énergie individuelle, un relevé collectif d’eau ou de chauffage non effectué conduit à des estimations qui s’écartent de la réalité, avec un rattrapage brutal l’année suivante. Le sujet est d’autant plus sensible que les postes concernés ont fortement progressé. Le douzième Observatoire des charges de copropriétés de la FNAIM du Grand Paris relève ainsi une hausse de 10,71 % des charges en 2023, à 43,34 euros par mètre carré et par an, tirée notamment par l’eau froide et le chauffage collectif. Une augmentation n’est donc pas anormale en soi, mais elle doit être justifiée par des factures, pas par une simple estimation reconduite.
Enfin, l’absence pure et simple de justificatifs reste fréquente. Le bailleur annonce un solde, ne joint aucune ventilation, et ne répond pas aux demandes de consultation. Cette situation, loin d’être un obstacle, constitue votre meilleur argument : sans preuve de la dépense, la créance n’est pas établie.
Contester par écrit : la lettre qui obtient une correction
Une contestation efficace tient en une page structurée et se transmet par lettre recommandée avec accusé de réception. L’objectif n’est pas de rédiger un plaidoyer mais de rendre la correction facile pour votre interlocuteur.
Identifiez d’abord le logement, le bail et l’exercice concerné, puis rappelez la date de réception du décompte. Détaillez ensuite les points contestés ligne par ligne, en indiquant pour chacun le motif : dépense non récupérable au regard du décret de 1987, clé de répartition incohérente, absence de justificatif, période d’occupation partielle, dépassement du plafond applicable à la rémunération du gardien. Chiffrez le montant contesté, et distinguez-le clairement de la part que vous acceptez.
Formulez enfin une demande précise et datée : communication des pièces justificatives, décompte rectifié, remboursement du trop-versé ou déduction sur les prochaines provisions, avec un délai de réponse d’un mois. Précisez que le règlement de la part non contestée ne vaut pas acceptation du décompte. Conservez une copie datée et l’avis de réception.
Si vous souhaitez une trame déjà structurée, notre modèle de lettre de contestation des charges locatives reprend ces éléments avec les mentions utiles. Lorsque le litige porte plutôt sur des travaux que le bailleur tarde à réaliser, le modèle de demande de travaux au propriétaire répond à cette situation distincte.
Un point de méthode important : ne suspendez jamais le paiement de vos provisions pendant la discussion. Un impayé ouvre la voie à une procédure de résiliation du bail, indépendamment du bien-fondé de votre contestation. Payez la part non discutée, isolez le montant contesté par écrit, et gardez un dossier irréprochable.
Si le bailleur ne bouge pas : conciliation puis juge
En l’absence de réponse ou face à un refus, la commission départementale de conciliation constitue l’étape suivante, gratuite et sans avocat. Selon la fiche de Service-Public consacrée aux cas de saisine de la commission départementale de conciliation, la saisine est facultative pour un litige de charges locatives, alors qu’elle est obligatoire pour certains désaccords portant sur le montant du loyer. Facultative ne veut pas dire inutile : la commission rend son avis dans un délai maximal de deux mois et laisse une trace écrite qui pèse ensuite devant le juge.
Cette voie amiable donne des résultats mesurables. Le bilan publié par l’ADIL de Paris sur la commission départementale de conciliation fait état de 1 489 dossiers examinés en 2023 pour un taux global de conciliation supérieur à 36 %. Autrement dit, plus d’un litige locatif sur trois se règle sans procès dès ce stade.
La saisine s’effectue par lettre recommandée avec accusé de réception adressée au secrétariat de la commission, en préfecture, ou via le formulaire mis à disposition. Joignez le bail, le décompte contesté, votre courrier de réclamation et l’accusé de réception, ainsi que les justificatifs obtenus ou la preuve de leur refus. La commission réunit à parité des représentants de bailleurs et de locataires, entend les deux parties et propose une solution.
Si la conciliation échoue, le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire est compétent pour les litiges locatifs. La procédure peut être engagée sans avocat, et le dossier constitué en amont, avec vos courriers datés et l’avis de la commission, en détermine largement l’issue. La même logique de gradation s’applique à d’autres conflits liés au logement, comme le montre notre guide sur les troubles de voisinage et les recours possibles.
Cas particuliers : logement social, colocation, départ en cours d’année
Dans le parc social, les règles de récupération sont proches mais s’appuient sur une liste propre aux bailleurs sociaux, et le niveau de charges y est structurellement plus élevé en raison du chauffage collectif et des services d’immeuble. La contestation suit le même chemin : décompte, justificatifs, courrier recommandé, puis conciliation. Les organismes disposent généralement d’un service réclamations dédié, qu’il faut saisir avant toute autre démarche.
En colocation, la répartition dépend de la nature du bail. Avec un bail unique et une clause de solidarité, la régularisation est adressée à l’ensemble des colocataires, qui la répartissent entre eux selon leur accord interne. Avec des baux individuels, chaque colocataire reçoit son propre décompte, calculé sur sa quote-part. Vérifiez que le total réparti entre les colocataires ne dépasse pas les dépenses réelles du logement.
Le départ en cours d’exercice mérite une vigilance particulière, car il combine deux enjeux : la régularisation au prorata et le sort du dépôt de garantie. Le bailleur peut conserver une provision sur charges lorsque l’arrêté des comptes de la copropriété n’est pas encore établi, mais cette retenue est encadrée et doit être régularisée. Notre guide pour récupérer son dépôt de garantie détaille les délais de restitution et les retenues admises.
Dernier cas courant, le changement de propriétaire en cours de bail. Le nouveau bailleur reprend le contrat en l’état, provisions comprises, et ne peut pas vous réclamer des charges antérieures à l’acquisition sans produire les justificatifs de la période concernée. La prescription de trois ans reste opposable au repreneur comme à son prédécesseur.
La marche à suivre, étape par étape
Une contestation méthodique se déroule en cinq temps, du contrôle du bail jusqu’à la conciliation.
Commencez par relire votre bail pour identifier le régime applicable : provisions avec régularisation ou forfait. En cas de forfait, une demande de complément est en principe sans objet et la discussion s’arrête là.
Analysez ensuite le décompte reçu, ligne par ligne. Écartez les postes non récupérables, contrôlez la clé de répartition, vérifiez la période couverte et comparez avec l’exercice précédent. Notez les montants contestés, poste par poste, avec le motif correspondant.
Demandez par écrit la consultation des justificatifs, dans les six mois suivant l’envoi du décompte. Cette demande vaut aussi mise en garde : elle montre que vous connaissez vos droits et déclenche souvent une correction spontanée.
Adressez votre contestation en lettre recommandée avec accusé de réception, avec le détail chiffré, la demande précise et un délai de réponse d’un mois. Réglez en parallèle la part que vous ne contestez pas, en le mentionnant explicitement.
Saisissez enfin la commission départementale de conciliation en l’absence de réponse satisfaisante, puis le juge des contentieux de la protection si nécessaire, en gardant à l’esprit la prescription de trois ans qui borne l’ensemble des réclamations.
Questions fréquentes
Quelles charges le propriétaire a-t-il le droit de me refacturer ?
Uniquement celles qui figurent dans la liste fixée par le décret du 26 août 1987. Cette liste est limitative : ce qui n’y est pas inscrit reste à la charge du bailleur, même si votre bail prévoit le contraire. Elle couvre trois grandes familles de dépenses. D’abord les équipements et espaces communs de l’immeuble, comme l’ascenseur, l’eau, le chauffage collectif, l’entretien des parties communes et des espaces extérieurs. Ensuite les services liés à l’usage du logement, dont l’électricité des communs, les produits d’entretien et une partie de la rémunération du personnel. Enfin certaines taxes, au premier rang desquelles la taxe d’enlèvement des ordures ménagères. En revanche, les honoraires de gestion du syndic, les travaux d’amélioration, le ravalement, le remplacement d’un équipement vétuste ou l’assurance de l’immeuble ne sont jamais récupérables sur le locataire.
Le bailleur doit-il me fournir les justificatifs de charges ?
Oui, et sur deux niveaux. Un mois au moins avant la régularisation, il doit vous adresser un décompte des charges par nature de dépense ainsi que le mode de répartition retenu entre les logements. Puis, pendant les six mois qui suivent l’envoi de ce décompte, il doit tenir à votre disposition l’ensemble des pièces justificatives : factures, contrats d’entretien, relevés de consommation, procès-verbal d’assemblée générale. Vous pouvez demander à les consulter sur place ou en obtenir copie à vos frais. Un bailleur qui reste silencieux face à une demande écrite de justificatifs fragilise sérieusement sa position, car il lui appartient de prouver la réalité et le caractère récupérable de chaque dépense qu’il vous réclame.
Jusqu’à quand puis-je réclamer un trop-versé de charges ?
Pendant trois ans. La prescription applicable aux charges et aux loyers joue dans les deux sens : le bailleur peut vous réclamer un arriéré de charges pendant trois ans, et vous pouvez demander le remboursement d’un trop-versé pendant la même durée. Concrètement, une régularisation notifiée en septembre 2026 reste contestable jusqu’en septembre 2029, et des provisions payées en trop en 2024 peuvent encore être réclamées aujourd’hui. Ce délai est un vrai levier : il permet de reprendre plusieurs exercices d’un coup lorsque vous découvrez une erreur systématique de clé de répartition ou l’imputation répétée d’une dépense non récupérable. Adressez votre demande par lettre recommandée avec accusé de réception, qui date votre réclamation et interrompt utilement le compte à rebours.
Que faire si le bailleur régularise plusieurs années d’un coup ?
Vous pouvez exiger un paiement échelonné sur douze mois. Lorsque la régularisation n’a pas été effectuée avant la fin de l’année civile suivant celle de son exigibilité, le locataire a le droit de demander cet étalement, sans avoir à négocier une faveur. Formulez la demande par écrit dès la réception du décompte tardif. Cet échelonnement ne vaut pas reconnaissance de la dette : vous pouvez parfaitement contester le montant tout en réglant la part non discutée selon un calendrier. Vérifiez aussi que le rattrapage ne remonte pas au-delà de trois ans, car la fraction antérieure est prescrite et n’est plus exigible.
La commission départementale de conciliation est-elle obligatoire pour les charges ?
Non, elle est facultative pour un litige de charges locatives, mais elle est gratuite et souvent efficace. La saisine préalable n’est imposée que dans certains cas liés au montant du loyer, comme un complément de loyer contesté ou une révision lors du renouvellement du bail. Pour les charges, le dépôt de garantie, l’état des lieux ou les réparations, vous choisissez d’y recourir ou non. La commission rend son avis dans un délai maximal de deux mois après la saisine, qui s’effectue par lettre recommandée avec accusé de réception ou via le formulaire de la préfecture. Elle réunit à parité des représentants de bailleurs et de locataires, et son intervention laisse une trace écrite utile si le dossier finit devant le juge des contentieux de la protection.
Puis-je suspendre le paiement de mes charges pendant la contestation ?
Non, et c’est une erreur fréquente. Cesser de payer vos provisions mensuelles vous place en situation d’impayé et expose votre bail à une procédure de résiliation, quel que soit le bien-fondé de votre contestation. La bonne méthode consiste à payer la part que vous ne contestez pas, à isoler par écrit le montant discuté et à en demander le remboursement ou la déduction. Précisez dans votre courrier que le règlement de la part non contestée ne vaut pas acceptation du décompte. Vous gardez ainsi un dossier irréprochable, ce qui pèse lourd devant un conciliateur comme devant un juge.
Sources officielles
- Service-Public.fr : charges à payer par le locataire (charges locatives ou charges récupérables)
- Service-Public.fr : dans quel cas saisir la commission départementale de conciliation (CDC) ?
- Légifrance : décret n° 87-713 du 26 août 1987 fixant la liste des charges récupérables
- ANIL : les charges en location vide
- ADIL de Paris : bilan de la commission départementale de conciliation
- FNAIM du Grand Paris : douzième Observatoire des charges de copropriétés
Cet article a une vocation informative et ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Les règles et les délais présentés correspondent au cadre applicable en France à la date de publication et peuvent évoluer. Pour une situation complexe ou un enjeu important, rapprochez-vous d’un professionnel ou d’une structure d’information agréée.
Questions fréquentes
Quelles charges le propriétaire a-t-il le droit de me refacturer ?
Uniquement celles qui figurent dans la liste fixée par le décret du 26 août 1987. Cette liste est limitative : ce qui n'y est pas inscrit reste à la charge du bailleur, même si votre bail prévoit le contraire. Elle couvre trois grandes familles de dépenses. D'abord les équipements et espaces communs de l'immeuble, comme l'ascenseur, l'eau, le chauffage collectif, l'entretien des parties communes et des espaces extérieurs. Ensuite les services liés à l'usage du logement, dont l'électricité des communs, les produits d'entretien et une partie de la rémunération du personnel. Enfin certaines taxes, au premier rang desquelles la taxe d'enlèvement des ordures ménagères. En revanche, les honoraires de gestion du syndic, les travaux d'amélioration, le ravalement, le remplacement d'un équipement vétuste ou l'assurance de l'immeuble ne sont jamais récupérables sur le locataire.
Le bailleur doit-il me fournir les justificatifs de charges ?
Oui, et sur deux niveaux. Un mois au moins avant la régularisation, il doit vous adresser un décompte des charges par nature de dépense ainsi que le mode de répartition retenu entre les logements. Puis, pendant les six mois qui suivent l'envoi de ce décompte, il doit tenir à votre disposition l'ensemble des pièces justificatives : factures, contrats d'entretien, relevés de consommation, procès-verbal d'assemblée générale. Vous pouvez demander à les consulter sur place ou en obtenir copie à vos frais. Un bailleur qui reste silencieux face à une demande écrite de justificatifs fragilise sérieusement sa position, car il lui appartient de prouver la réalité et le caractère récupérable de chaque dépense qu'il vous réclame.
Jusqu'à quand puis-je réclamer un trop-versé de charges ?
Pendant trois ans. La prescription applicable aux charges et aux loyers joue dans les deux sens : le bailleur peut vous réclamer un arriéré de charges pendant trois ans, et vous pouvez demander le remboursement d'un trop-versé pendant la même durée. Concrètement, une régularisation notifiée en septembre 2026 reste contestable jusqu'en septembre 2029, et des provisions payées en trop en 2024 peuvent encore être réclamées aujourd'hui. Ce délai est un vrai levier : il permet de reprendre plusieurs exercices d'un coup lorsque vous découvrez une erreur systématique de clé de répartition ou l'imputation répétée d'une dépense non récupérable. Adressez votre demande par lettre recommandée avec accusé de réception, qui date votre réclamation et interrompt utilement le compte à rebours.
Que faire si le bailleur régularise plusieurs années d'un coup ?
Vous pouvez exiger un paiement échelonné sur douze mois. Lorsque la régularisation n'a pas été effectuée avant la fin de l'année civile suivant celle de son exigibilité, le locataire a le droit de demander cet étalement, sans avoir à négocier une faveur. Formulez la demande par écrit dès la réception du décompte tardif. Cet échelonnement ne vaut pas reconnaissance de la dette : vous pouvez parfaitement contester le montant tout en réglant la part non discutée selon un calendrier. Vérifiez aussi que le rattrapage ne remonte pas au-delà de trois ans, car la fraction antérieure est prescrite et n'est plus exigible.
La commission départementale de conciliation est-elle obligatoire pour les charges ?
Non, elle est facultative pour un litige de charges locatives, mais elle est gratuite et souvent efficace. La saisine préalable n'est imposée que dans certains cas liés au montant du loyer, comme un complément de loyer contesté ou une révision lors du renouvellement du bail. Pour les charges, le dépôt de garantie, l'état des lieux ou les réparations, vous choisissez d'y recourir ou non. La commission rend son avis dans un délai maximal de deux mois après la saisine, qui s'effectue par lettre recommandée avec accusé de réception ou via le formulaire de la préfecture. Elle réunit à parité des représentants de bailleurs et de locataires, et son intervention laisse une trace écrite utile si le dossier finit devant le juge des contentieux de la protection.
Puis-je suspendre le paiement de mes charges pendant la contestation ?
Non, et c'est une erreur fréquente. Cesser de payer vos provisions mensuelles vous place en situation d'impayé et expose votre bail à une procédure de résiliation, quel que soit le bien-fondé de votre contestation. La bonne méthode consiste à payer la part que vous ne contestez pas, à isoler par écrit le montant discuté et à en demander le remboursement ou la déduction. Précisez dans votre courrier que le règlement de la part non contestée ne vaut pas acceptation du décompte. Vous gardez ainsi un dossier irréprochable, ce qui pèse lourd devant un conciliateur comme devant un juge.